Nous n’allons pas vous parler des abeilles mais des exilés qui sont des usagers réguliers de ce parc et que vous pouvez voir autour de vous.
Ils ne sont pas venus à Paris par plaisir. Ils sont venus en Europe pour fuir 30 années de guerre ou les persécutions. Le HCR indique que le nombre des demandeurs d’asile afghans, la majorité des exilés présents dans le 10ème, en Europe est passé de 9500 en 2007 à 17900 en 2008.
Ce sont ainsi plus de 3000 personnes qui passent chaque année par Paris, et parmi eux un quart de mineurs isolés, d’ailleurs chaque année de plus en plus nombreux. Ils viennent en Europe rechercher un pays qui les accueillera et leur permettra de construire leur avenir dans la paix.
Malheureusement pour eux les règlements européens et notamment le règlement Dublin 2 imposent qu’ils déposent leur demande d’asile dans le premier pays européen où ils sont entrés, c’est-à-dire la Grèce pour la grande majorité, pays où le traitement des demandeurs d’asile est dénoncé tant par le HCR que par la Commission Européenne.
Certains seront donc expulsés vers ce pays, d‘autres décideront de partir ailleurs tenter leur chance, en clandestin, pris dans une gigantesque partie de ping pong européen.
En attendant ils devront rester dehors.
Comme d’ailleurs devront rester dehors et sans allocation les demandeurs d’asile en procédure prioritaire à cause d’un arrêté de reconduite à la frontière pris lors d’une arrestation, comme c’est le cas pour nombre d’entre eux suite aux interventions des RG chaque semaine depuis septembre dernier ici dans ce parc ou aux alentours immédiats. Cela est encore arrivé hier après midi
Comme d’ailleurs devront rester dehors plusieurs semaines les demandeurs d’asile admis au séjour, faute de places suffisantes dans les hôtels et dans les CADA.
Nombreux sont donc ceux qui doivent se rabattre sur les hébergements d’urgence, notamment Nanterre ou la Boulangerie dans le 18ème. Et les autres devront dormir dans les rues et parcs du 10ème arrondissement, malgré le fait que plusieurs dizaines de lits restent inoccupés, notamment à La Boulangerie. Ils seront régulièrement délogés durant la nuit, parfois avec un usage abusif de gaz lacrymogènes comme début février, et verront régulièrement leurs duvets et affaires personnelles détruites, comme cela a encore été le cas hier soir dans ce parc vers 20h.
Dans la journée ils sont condamnés à errer dans les rues faute de la création de structure d’accueil de jour adaptée, en nombre suffisant.
Tout ceci relève d’une volonté politique de non accueil, d’une volonté de les remettre sur les routes de l’exil, d’une volonté de ne pas les accepter.
Parlons des mineurs isolés
Un ensemble de systèmes dérogatoires de plus en plus précaires a été mis en place à Paris.
Le dernier en date étant l’hébergement de nuit dans un accueil de jour destinés aux personnes sans domicile fixe, transformé pour la nuit en un lieu de « stockage » des mineurs où des matelas sont installés.
Ces systèmes dérogatoires au droit commun ne permettent en aucun cas une prise en charge correcte et adaptée de ces jeunes, un suivi socio éducatif digne de ce nom qui leur permette de prendre la décision de rester ici.
Durant des mois, en attendant leur éventuelle prise charge par l’ASE, ceux qui veulent rester ne seront pas scolarisés, et la plupart passeront leur journée dans les rues car pour eux aussi aucune structure d’accueil de jour digne de ce nom n’existe.
La loi française sur la protection des mineurs en danger, la convention internationale des droits de l’enfant sont chaque jour bafouées avec pour conséquence de renvoyer des jeunes parfois de moins de 15 ans sur les routes de l’exil, en les remettant en situation de danger.
Trop souvent considérés comme en transit par les acteurs de ces dispositifs, victimes de ce phantasme de l’appel d’air, ces jeunes sont traités comme personne n’accepterait qu’un jeune mineur français en danger soit traité.
Cela relève aussi d’une volonté politique de les voir d’abord comme des étrangers, relevant du code de l’entrée et du séjour des étrangers, plutôt que comme des mineurs en danger devant être protégés. Et ceci est confirmé par le fait que c’est sous l’égide du ministère de l’immigration, et non sous celui des affaires sociales, qu’un groupe de travail a été constitué sur cette question, sans que cela ne semble choquer personne.
Nous parlons de développement durable, mais ne faudrait-il pas l’envisager aussi en donnant un meilleur avenir à ces exilés, mineurs ou majeurs mais tous très jeunes.
Et si la communauté internationale choisissait de considérer les exilés comme un atout et de miser sur eux ? Et si, puisque des milliers de jeunes Afghans, Iraniens, Irakiens se trouvent déjà parmi nous, avides de formation, de compétences, de valeurs modernes, de libertés individuelles, l’Union européenne commençait par bâtir ici, avec eux, l’Afghanistan, l’Iran , l’Irak de demain, qui ne se fera pas sans eux ? Et si, au lieu de stériliser ces jeunes en attendant de les expulser un jour dans des conditions misérables et violentes, l’Europe leur offrait ce qu’ils sont venus y chercher d’eux-mêmes : un avenir qui est aussi celui de leur pays ?

