5 juillet : une éclaircie
La journée débute mal : pluie suivie de bruine puis de pluie. Heureusement, la nourriture nous attend à l’abri, au marché. A 13 heures tapantes, l’averse s’intensifie. Les membres du Collectif, les exilés, quelques personnes de la paroisse Saint-Laurent, du comité de quartier Grange-aux-belles essayent de se mettre à l’abri du kiosque à musique dans le jardin Villemin. On manque de place. Si le repas est prêt, il est impossible de le distribuer dans ces conditions. Attente, discussions sous ou sans parapluie pour faire passer le temps et l’averse. Des prières peut-être.
Et l’éclaircie survient.
La distribution peut commencer. Une longue file d’attente se forme sous la conduite de F. Encore attendre. Quelques exilés aident à remplir les assiettes. Très vite 400 pilons sont distribués, deux par personne. Mais nous avons sous-estimé le nombre de convives. Il manque entre trente et cinquante rations de poulet. Les pommes se font la malle. Les cerises s’arrachent. Cependant, la charcuterie au canard, quoique très bonne pour nous, peine à convaincre les exilés. Difficile de faire passer qu’elle ne contient pas de porc ! Reste du pain qui s’écoulera pendant l’après-midi. R et sa sono peuvent occuper les tables du repas et lancer le tea dance. Très vite quelques jeunes dansent. Ils danseront jusqu’à la fin : 18 heures précises. Certains exilés les entourent et participent, d’autres les observent à distance. Quelques passants viendront aussi sur la piste improvisée.
Manque encore les autres invités : les résidents du quartier, les visiteurs réguliers du jardin que la météo a fait fuir. Il faut attendre 15h 30 pour les voir arriver, peu nombreux. Ce n’est qu’à la toute fin qu’ils commenceront à se promener là. Le curé de Saint-Laurent et quelques membres de la paroisse passent. Certains restent et discutent avec les exilés. Quelques membres des Comités de quartier font de même. Les personnes du Collectif distribuent de la documentation et nouent des discussions avec quelques passants, moins de deux dizaines. Un peu tendus au début, les gardiens du parc observent avec bienveillance. Ils peuvent voir que le parc est propre à l’issue du pique-nique, les exilés et les membres du Collectif ayant nettoyé au fur et à mesure les reliefs de la fête. D’après la responsable, seule une personne se serait plainte que la musique était trop forte. Et nous quittons les lieux. Cela s’est plutôt bien passé.
Que conclure de cette après-midi ?
Tout d’abord, la météo et aussi l’absence de sensibilisation n’ont pas permis d’atteindre vraiment l’objectif fixé : la rencontres entre exilés, habitants du quartier et Collectif. L’absence de mobilisation a certainement joué. Compte tenu des incertitudes sur la tenue de ce pique-nique, l’information a été transmise très tard et à peu de monde. Apparemment aucun des Comités de quartier ne l’avait retransmise sur ses propres listes. La paroisse Saint-Laurent où le Collectif était intervenu deux semaines auparavant a, semble-t-il, plus sensibilisé que les Comités de quartier. Ainsi, une habitante de la rue du Faubourg St Denis qui était au Comité où a été abordée la question des exilés, a-t-elle eu l’information par ce biais. On a, toutefois, vu passer une quinzaine de personnes des équipes d’animation des Comités. Par ailleurs, en raison de la météo, le repas a donné lieu à peu d’échanges. Il manquait l’ambiance habituelle du jardin Villemin un samedi d’été.
Cette action nous semble, cependant, avoir des conséquences positives. Même s’ils étaient peu nombreux, les gens venaient voir ou regardaient de loin. Certains ont même dansé avec les Afghans. Voici une manière de changer le regard sur les exilés : au lieu de les voir comme d’habitude, ils avaient devant leurs yeux des jeunes comme les autres en train de danser et de s’amuser. Ce changement d’angle jouera aussi pour le personnel du parc. A la fin, ils défendaient la fête contre les très rares personnes qui trouvaient la musique trop forte.
Ce type d’action ne réglera pas les problèmes des exilés, mais constitue une petite contribution à faire évoluer la perception des gens comme les réunions publiques (par exemple celles avec le Comité de quartier St Denis ou à la paroisse.) Il nous faut probablement muscler cet axe information grâce à des opérations variées et, surtout, régulières, en appuyant sur le sort des mineurs. Il nous faudra aussi améliorer nos moyens de communication. Les tracts distribués n’étaient pas très adaptés. Il faudrait disposer en permanence d’une présentation simple du Collectif et de la situation des exilés. Reste un aspect qui ne favorise pas les contacts : l’aspect massif du groupe des exilés. Comment créer des liens qui se personnalisent entre eux et les gens du Xe ?


