1000 jeunes français de plus en Afghanistan, combien de jeunes Afghans en sus dans le 10e arrondissement de Paris ?
Le gouvernement français vient de décider d’envoyer 1000 soldats en vue de renforcer les unités françaises pour soutenir l’intervention de l’Otan en Afghanistan. De multiples raisons sont avancées pour justifier cette politique : choix de se rapprocher de l’Otan, lutte contre le terrorisme, impossibilité pour l’Occident d’échouer, etc. Ceux qui contestent cette mesure restent sur ce même terrain. Rarement, est évoqué le sort des centaines de milliers d’Afghans qui fuient leur pays. Jamais, un intervenant ne fait la relation avec ces jeunes hommes qui ont fait du 10e arrondissement de Paris une des étapes de leur errance à travers l’Europe pour trouver un havre et un avenir. Ces personnes sont ignorées, niées.
Depuis la fermeture de Sangate en 2002, les abords de la Gare de l’Est accueillent chaque jour de nouveaux arrivants venus de ce pays aux trente ans de guerre. Certains ne font que passer, d’autres souhaitent rester et demandent l’asile. Tous sont jeunes et souvent mineurs. Dire qu’ils sont accueillis est le terme le plus inadéquat qui puisse être utilisé. Ils sont censés ne pas exister. Se refiler la patate chaude semble la seule politique claire qu’ont adopté les gouvernements européens ou de l’Otan (pour la plupart les mêmes.) Pourvu qu’ils aillent ailleurs ! Reste que l’intensification des combats va sans nul doute se traduire par une croissance du nombre de jeunes qui entreprendront ce voyage vers l’Europe et donc de ceux qui feront halte dans le 10e arrondissement. Plus de mineurs encore, parfois âgés de 13 ou 14 ans, risqueront de coucher dehors.
Il convient de s’interroger sur la cohérence d’une politique guerrière qui ne prend pas en compte les conséquences des combats. Comment d’un côté faire la guerre et d’un autre ne pas imaginer que certains vont fuir le théâtre des opérations ou être obligés de quitter leur pays parce qu’ils ont fait le mauvais choix au mauvais moment ?
Nous ne cherchons pas, ici, à contester le bien fondé du choix militaire. En revanche, nous demandons que tout soit mis en œuvre pour accueillir, dans le vrai sens du mot, ceux qui ont à souffrir des effets du choix stratégique de faire de l’Afghanistan le centre d’une lutte à l’échelle planétaire. Il en va de l’honneur de notre pays comme de ses intérêts bien compris. Quelle désastreuse image que celle du rejet dans une sous-humanité de ceux qui ont le mauvais goût d’être là au mauvais endroit !
Ch R. 11 avril 2008

